Un jour, quand je penserai à toi, je verrai cette échelle vermoulue et ce panier tressé, avec son gros hamecon au bout, panier qui montait l'échelle vide et redescendait rempli de magnifiques bigarreaux rouges et blancs...
Un jour, quand je penserai à toi, j'aurai simplement dans la bouche ce goût acide des cerises du Nord auxquelles nous n'avions normalement pas droit... c'est cet interdit qui leur donnait d'ailleurs toute leur saveur...
Un jour, quand je penserai à toi, je verrai ton sourire, celui que tu savais si bien décrocher d'un petit coup de poing sur ton menton...
Un jour, quand je penserai à toi, j'aurai simplement dans le nez l'odeur des pommes que l'on sort par caisses entières des grands frigos de ton magasin, la douceur de leur peau dans mes mains, le bruit de la trieuse dans mes oreilles...
Un jour, quand je penserai à toi, je penserai aux bêtises que nous avons faites petits... et au rire que tu avais dans l'oeil en les découvrant...
Un jour, quand je penserai à toi, je reverrai ces vacances passées ensemble dans le village des sorcières...
Un jour, quand je penserai à toi, je revivrai mon entrée sur les plages de Normandie, ces trous dans le sol qui nous ont fait pensé au monde des Teletubbies, et à ton regard grave, à ta voix qui a tremblé en racontant ces histoires...
Un jour, quand je penserai à toi, je n'aurai plus les larmes aux yeux et le coeur qui se serre, je ne sentirai plus cette sensation d'être enfermée dans une toute petite boîte bien trop petite pour moi, je n'aurai plus envie de crier à quel point tu me manques...
Un jour, il ne me restera que mes souvenirs... et ce jour-là, je pourrai à nouveau sourire en pensant à toi...
Petit Pierrot, je te raconterai alors les compotes de pommes, les feux de bois, la grimpe dans les arbres, le canon à oiseaux sous le grand cerisier, l'étang interdit (où, bien sûr, nous nous empressions d'aller!!), mes frayeurs lorsqu'il devait revêtir son masque et son costume pour pulvériser ses arbres chéris, ce royaume, son royaume dans lequel j'ai grandi, les courses poursuites au milieu des fraisiers et de la paille qui coupe les jambes, les abeilles et la douceur de leur miel, et ses mains, et son regard, et son sourire, ce sourire que je n'oublierai jamais, ce sourire qui riait jusque dans ses yeux... Je te raconterai que tu avais un arrière-grand-père merveilleux, qu'il aurait aimé te connaître, qu'il nous suit de là-haut, quelque part, sur la lune... et que toi qui vient de là-haut, peut-être auras-tu eu la chance de le croiser un jour...
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