Il y a 6 mois maintenant, après l'avoir laissé trôner des mois durant dans le hall d'entrée de la maison, je glissais sur le siège de ma voiture le maxi-cosy qui allait me permettre de te ramener chez nous.
Une demi-heure me séparait de toi... Une demi-heure de route pour venir te chercher, pour te prendre contre moi, te chuchoter tout bas "on y va, mon chou, on rentre à la maison"...
Sur cette 1/2 heure là, j'ai cru voir défiler les deux années et demi qui avaient précédées ces quelques jours de folies... J'ai revu les heures de doutes, nous demandant si nous faisions bien de nous entêter sur ce chemin là, nous sentant finalement aussi, déjà, bien, à 4... les moments de joie à l'annonce d'autres arrivées dans d'autres maison pour construire d'autres familles... les projets qui en avançant se précisaient et devenaient systématiquement vrais "quand on sera 5" nous enlevant ainsi le doute restant... les rencontres... les envies d'autre chose pour toi, pour elle, pour lui, pour nous... les livres lus sur l'éducation différente (j'avais déjà épuisé toute la biblio adoption en attendant ta soeur)... ces heures, ces jours, ces semaines, ces mois passés à compter dans le vide, tentant d'estimer le temps qui me séparaient encore de toi... Et puis soudain, tu avais été là... Et puis soudain le vide n'existait plus... Et puis soudain, je pouvais dire "j'ai trois enfants"... Et puis soudain c'était toi, comme une évidence,toi et moi nous avions rendez-vous... il n'y a pas de hasard...
J'ai vu défiler... j'ai ressenti une tristesse intense aussi, repensant à ce que tu avais vécu, à la solitude qui avait été la tienne dans tes premiers jours de vie, je me suis jurée que plus jamais tu ne serais seul pour vivre les petites et grandes choses de ton existence, que toujours je serais là, avec toi, à côté de toi...Ce doux mélange de sentiments contraires, les heures passées à te découvrir, les 10 derniers jours intenses que nous venions tous de vivre... cela a eu raison de moi, j'ai pleuré, fort, longtemps... Au volant de ma voiture, j'ai pleuré de joie, j'ai pleuré d'amour... Tu étais là, toi, mon tout petit garçon, toi, enfin!!
Puis un parking en gravier, une porte blanche, un couloir, une autre porte, des escaliers, l'entrée dans ton monde et ce qui allait changer pour toi, la mère a repris le dessus, le grand chambardement, c'était toi qui allait le vivre dans quelques instants seulement, à moi de le rendre doux et sécure... Tu dormais quand je suis arrivée mais sans doute as-tu entendu le son de ma voix car tu n'as pas mis longtemps à ouvrir les yeux... Tes yeux, je crois que c'est entre tout ce qui me restera le plus fort souvenir de nos premières rencontres: ton regard fort, ton regard intense, tes grands yeux foncés qui savent si bien rire aujourd'hui... Nous nous sommes collés l'un à l'autre, tu as calé ta tête dans le creux de mon cou... Ensemble, nous avons préparé ta sortie... Ensemble nous avons vécu ce grand moment: ton retour chez toi, là où tu étais attendu depuis si longtemps...
Ces journées-là sont difficiles à décrire, on peut les raconter, on peut dire les choses avec simplicité pour tenter de n'en conserver que les émotions, on peut essayer... il reste que les souvenirs écrits ne sont pas ce qu'il en reste dans ma mémoire, la vive, celle des émotions...
J'ai tremblé un peu au moment de te mettre un manteau, j'ai eu du mal à fixer le siège auto dans la voiture, j'ai souffert de ne pas pouvoir te regarder pendant le trajet retour... et je me suis souri à moi-même sur ce trajet vers chez nous, les larmes versées à l'aller avaient fait place à une calme sérénité au retour... Je n'appréhendais plus, nous étions prêts, toi, moi, eux, pour cette nouvelle vie à 5... Enfin, vous étiez là, "Mes Trois"...
6 mois déjà, 6 mois seulement, c'est fou cette relativité du temps qui passe, finalement...

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