Ce post, il m'aura fallu toute une semaine pour qu'il sorte sous mes doigts...
Dimanche dernier, j'en ai écrit le titre que j'ai laissé dans mes brouillons, juste pour me rappeler que j'avais eu envie de raconter ça, juste pour pouvoir y revenir quand le moment me semblerait le bon moment... Il aura fallu une semaine...
Ce dimanche-là, le soleil tapait déjà fort dés le matin. Toute la semaine, j'avais appréhender ce moment quand, posant mes yeux sur le calendrier familial à l'entrée de la cuisine, je lisais "Fête des familles"... Cela devait se passer chez toi, dans cette grande bâtisse qui me laisse toujours ce sentiment étrange, qui sent bizarre, qui a toujours l'air vide quand on y entre parce qu'il y règne un calme presque morbide... Je n'aime pas "ta maison", Pomme d'Amour... Je sais que tu ne l'aimes pas toujours non plus...
Le soleil, donc, semblait vouloir se donner la peine de se joindre à nous. Dehors, sur le parking, on avait dressé des tables et des tonnelles, tout le monde était sur son 31 et toutes les générations semblaient s'être réunies... Finalement, peu de monde... Nous avons cherché notre table, celle sur laquelle était écrit ton nom et le nombre de personne qui t'accompagnais aujourd'hui... La fête des familles, ça me fait un peu l'effet d'une fête d'école, étrange, non? Comme un éternel recommencement finalement... Tu es née voilà plus de 80 ans (presque 90 à vrai dire!!), tu as grandi, tu es allée à l'école, tu as sans doute vécu ce genre de journée particulière appelée Fancy-Fair ou autre pendant laquelle on t'a demandé de danser, de chanter, d'agiter des rubans colorés... tu t'es mariée, tu as eu des enfants alors tu es retournée à des fêtes d'école voir leur petites mains s'agiter pour faire bouger les rubans colorés, tu as vieilli, tu as eu des petits-enfants alors tu es venu les voir s'agiter en musique des rubans colorés accrochés aux poignets à leurs fêtes d'école... tu as vieilli encore un peu... et soudain, c'est moi, ta petite fille, qui suit venue te voir chez toi pour cette journée spéciale de fête des familles qui me laisse la sensation d'une fête d'école... Finalement, un jour, tout s'inverse! Heureusement, ils avaient oubliés les rubans colorés à vous mettre aux poignets!!!
Nous avons installé notre camp pour la journée, les enfants au bout avec des marqueurs, toi en "chef de table" pour que tu puisses bien voir tout ce qu'il se passait autour de toi... et nous... et moi... Je me suis assise sur ce banc (de fête d'école!!) un peu intimidée, un peu mal à l'aise... J'appréhendais, tu allais bientôt me donner raison!
J'ai voulu croiser ton regard, cherché l'étincelle que parfois tu as encore au fond des yeux... Je n'ai pas vu d'étincelles mais bien de l'interrogation... Je t'ai demandé si cela allait, tu as hoché la tête de haut en bas... Je t'ai souri, tu ne m'as pas souri en retour...J'ai mis un peu de temps à comprendre ce qu'il se passait, plus d'une heure aura passé sans que je ne réalise... Esprit ralenti par les lieux peut-être... Quand un moment nous nous sommes retrouvées toutes les deux, j'ai voulu venir plus près de toi, j'ai revu alors le même regard interrogatif... et j'ai compris... cette jeune femme devant toi t'étais inconnue... cette mémoire qui te fait des tours et des détours te faisait aussi quelques farces aujourd'hui... J'avais oublié cette consigné de la présentation à l'arrivée... ou j'ai voulu l'oublier, convaincue que j'ai longtemps été que tu ne pouvais pas ne pas te souvenir... mais la bête A est coriace, elle nous désarme, nous désarçonne et te laisse seule dans ta tête, seule dans tes souvenirs que tu crois d'hier quand ils sont d'il y a une décennie, seule dans ta bulle en décalage horaire de plusieurs années... et ce que j'ai toujours craint se passait, tu ne me reconnaissais pas, tu n'avais aucune idée de qui j'étais... tu ne pouvais donc répondre à mes sourires, à mes questions, à mes attentes , qu'il reste quelque chose de la grand-mère que j'ai connue, de la grand-mère que j'ai aimé... mais tu ne me reconnaissais pas... ce jour-là, je n'étais pas ta petite-fille... tu as du te demander pourquoi je te souriais comme cela...
J'ai chaussé mes lunettes de soleil pour cacher mes yeux rougissants, j'ai "fait semblant" que je comprenais, que cela n'était pas si grave... J'ai continué à te sourire même après que nous ayons eu à refaire les présentations... Je m'en suis voulue de t'en vouloir de perdre la tête...
En repartant trois heures plus tard, ma fille scotchée sur mon dos, j'ai pleuré, comme une petite fille, j'ai laissé rouler de grosses larmes salées sur mes joues... Pim n'a pas compris, je l'ai rassurée, j'ai séché mes larmes, et je me suis promis de revenir te voir, malgré tout... même s'il me faut chaque fois des semaines pour me remettre de ma visite...
Pomme d'amour, même quand tu ne sais pas qui je suis, même quand ta tête te joue de vilains tours, même quand ta mémoire te fait défaut et qu'il me semble avoir en face de moi une petite fille perdue, tu es toujours ma Pomme d'amour, ma Pomme d'amour ridée, ma Pomme d'amour un peu flétrie, ma Pomme d'amour chérie...
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